Journal d’un survivant du tsunami – vendredi 11 mars 2011 à Meiyûkan, Ishinomaki

Posted on by on March 11th, 2014 | 0 Comments »

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Journal d’un survivant du tsunami – vendredi 11 mars 2011 à Meiyûkan, Ishinomaki

« Ambiance conviviale, éclats de rire… Après le tsunami, tandis que certains refuges ont souffert de conflits internes, le Meiyûkan ayant abrité 140 hommes et femmes, nous offre une perspective plus optimiste de vie collective.
Ce journal nous transporte dans les premiers jours suivant les catastrophes de mars 2011, au sein du centre Meiyûkan à Ishinomaki, ville de pêcheurs ravagée. Ses occupants ont dû subsister par leurs propres moyens, malgré la pénurie de nourriture, le manque d’hygiène, la boue et les débris gigantesques qui les isolaient du reste du monde.
L’heure n’était pas à l’apitoiement mais à la survie. Survivre ensemble et dignement. »

éditions Ringono

36 pages, 5 euros, bénéfices seront reversées à Meiyûkan

journal écrit par Hiroshi Itokazu, traduit en français par Aurélien Estager

interview de Yasuhiro « capitaine » Chiba, propos recueillis par Eric Cordier

photo : Keisuke Nagoshi

couverture et maquette : Yves Chevalier

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préface

En août 2011, lors de ma première visite au refuge Meiyûkan à Ishinomaki, ville dévastée par le tsunami du 11 mars de la même année, on me remet un journal. Il a été écrit par M. Hiroshi Itokazu, employé de ce centre d’aide aux travailleurs transformé par la force des choses en refuge autogéré, qui a abrité jusqu’à cent quarante survivants du quartier. Ce journal raconte les premiers jours suivant la catastrophe.

Le centre ne figurant pas au nombre des refuges officiels, l’aide humanitaire a mis du temps à arriver. En attendant, ses occupants ont dû subsister par leurs propres moyens, malgré la pénurie de nourriture et de produits de première nécessité, le manque d’hygiène, sans parler de la boue et des débris gigantesques qui les isolaient du reste du monde. Survivants du tsunami, ils avaient perdu leurs biens, et pour beaucoup une partie de leurs proches. Cependant, si tragique que fût leur sort, l’heure n’était pas à l’apitoiement mais à la survie. Survivre ensemble et dignement. Ces hommes et femmes de tous âges vivant entassés les uns sur les autres ont rassemblé leurs forces pour atteindre cet objectif commun. Leurs témoignages crus résonnent comme des leçons de survie collective.

Ishinomaki est une ville de pêcheurs de la côte pacifique, située dans le Tôhoku, la région nord-est du Japon. Elle se trouve à environ 50 kilomètres au nord-est de Sendai, la capitale du département de Miyagi. De ses 160 000 habitants, environ 4 000 sont morts ou portés disparus durant le tremblement de terre et le raz-de-marée. 60% de la ville ont été inondés, voire complètement engloutis. La mer a emporté avec elle les maisons et les usines.

En avril 2011, grâce à mon amie d’enfance Tomoko Iwaki, je suis entrée en contact avec M. Yasuhiro Chiba, personnage central pour la survie des réfugiés de Meiyûkan. Vous pourrez lire son interview à la suite du journal de M. Itokazu. Un mois après le tsunami et le départ de la moitié des réfugiés, soixante-douze personnes y vivaient toujours, sans eau, ni gaz, ni électricité. Entre Paris où je vis et Ishinomaki ravagée, M. Chiba et moi sommes parvenus à communiquer par textos sur son portable, rechargé grâce à un petit générateur à essence qui constituait la seule source d’électricité pour tout le refuge. En lisant le journal, vous découvrirez le rôle crucial qu’a joué ce téléphone auprès des rescapés.

Afin de vous donner une idée de l’environnement dans lequel vivaient les réfugiés peu après le tsunami, voici un extrait du rapport-express de mon amie Tomoko, daté d’avril 2011, au retour de son court séjour de bénévolat à Ishinomaki.

« Un mois plus tard, la ville est toujours dévastée. Les ordures éparpillées ça et là montrent bien que le tsunami est entré profondément dans l’arrière-pays. De là où j’étais, on ne voyait absolument pas la mer.

Dans les maisons, le sable et la boue gluante formaient une couche d’environ vingt centimètres d’épaisseur. C’était le chaos partout : des éclats de verre, des vêtements, divers produits, des meubles… Notre travail consistait à tout ramasser. Le plus impressionnant, c’étaient les centaines de poissons venus du port. Il y en avait partout, aussi bien dans les maisons que dehors. J’ai même vu deux thons énormes et quelques saumons. Pourrissant ainsi depuis plus d’un mois, le spectacle était épouvantable, sans parler de l’odeur. Malgré toutes les couches de masques jetables que nous portions, la puanteur nous donnait envie de vomir.

Une équipe d’une vingtaine de personnes, comprenant même des hommes costauds et travaillant du matin jusqu’en fin d’après-midi, ne peut nettoyer que deux maisons par jour. Avec tout ce sable mouillé et les meubles lourds, je pense qu’on peut difficilement faire davantage. Les forces d’autodéfense et de nombreux bénévoles travaillent chaque jour d’arrache-pied, mais la situation stagne. Ils ont vraiment besoin de plus de main d’œuvre et de soutien. De retour à Tôkyô, ma chambre s’est remplie d’une odeur de poisson pourri… »

En octobre 2011, les refuges de la ville d’Ishinomaki, y compris Meiyûkan, ont été supprimés et remplacés par des logements individuels provisoires. Le bâtiment de Meiyûkan a été vidé de ses occupants, qui ont retrouvé un logement personnel ou ont été relogés dans des logements publiques provisoires, décrits comme des « conteneurs » par un journaliste belge. Néanmoins, M. Chiba poursuit les initiatives lancées les premiers jours suivant le tsunami. Appelé affectueusement danchô (« le capitaine »), il coordonne diverses propositions de soutien aux habitants, notamment à l’égard des enfants. D’un centre d’aide aux travailleurs à un refuge autogéré, Meiyûkan est devenue une organisation d’entraide indépendante, à laquelle les bénéfices de cette brochure seront naturellement reversés.

Les éditions Ringono remercient vivement M. Hiroshi Itokazu pour nous avoir donné accès à son journal et nous avoir permis de réaliser cette version française, M. Yasuhiro Chiba pour sa coordination infatigable, le photographe Keisuke Nagoshi pour nous permettre gracieusement de publier des témoignages picturaux du refuge, notre ami Aurélien Estager pour sa traduction bénévole, ainsi que Yves Chevalier pour la réalisation de la maquette.

Satoko Fujimoto, éditions Ringono

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